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Ce qu’il faut savoir sur le formaldéhyde



Le formaldéhyde est un gaz incolore qui est émis principalement par les produits ménagers et les matériaux de construction. La présence de formaldéhyde dans l’air intérieur est très courante. Afin de compléter le portrait des polluants de l’air intérieur, nous avons réalisé une entrevue croisée de Mme Valérie Desauziers (VD), spécialiste de l’impact des matériaux sur la qualité de l’air intérieur à l’École des Mines d’Alès en France ainsi que M. Stéphane Chabot (SC), Directeur Procédés-Chimie chez EXP, firme de génie-conseil québécoise.


Quels sont les principaux polluants de l’air intérieur ?

VD : Les polluants de l’air intérieur sont nombreux : en France, l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI) a, au cours de ses différentes études, recensé plus de 1000 polluants de natures variées comme des contaminants biologiques (bactéries, virus, moisissures…) et physiques (particules, fibres), des émissions radioactives (radon), des substances chimiques comme les Composés Organiques Volatils (COV) et semi-volatils (COSV).


Pour évaluer l’évolution de la qualité de l’air intérieur depuis les premières campagnes de mesures réalisées il y a une vingtaine d’années, l’OQAI a lancé fin 2020 une nouvelle campagne nationale logement. Des polluants émergents comme des perturbateurs endocriniens, des pesticides, seront notamment recherchés.



Quelles sont leurs sources ?

VD : Les sources des polluants de l’air intérieur sont également très diversifiées. La pollution de l’air intérieur étant généralement plus élevée que celle de l’air extérieur, les sources sont donc principalement à l’intérieur des locaux comme les matériaux de construction, les produits de décoration, d’ameublement, les produits ménagers, les parfums d’ambiance, la fumée de cigarette, les activités de bricolage, cuisine, etc.


Est-ce vrai que les meubles composés de mélamine émettent du formaldéhyde ? Est-ce un réel danger ? Que pouvons-nous faire pour limiter notre exposition ?

SC : Ici, il faut faire la distinction entre ce qu’on appelle commercialement la mélamine et le panneau lui-même. On considère la mélamine comme le revêtement coloré et résistant qui se trouve sur les panneaux de bois. Pour la fabrication du panneau de bois sur lequel est déposée la feuille de mélamine lors de la fabrication, on utilise une résine urée-formaldéhyde ou mélamine-formaldéhyde.


VD : L’appellation « mélamine » désigne très souvent une résine « mélamine-formaldéhyde ». La synthèse de cette résine utilise le formaldéhyde comme copolymère. Il est donc possible que cette résine émette du formaldéhyde (résidu non polymérisé ou issu de la dégradation du polymère).

Le formaldéhyde est un composé classé CMR (cancérogène 1B) et est l’un des polluants réglementés de l’air intérieur en France. Au niveau de concentrations faibles où on le rencontre dans l’air intérieur (environ 10 – 30 µg/m3 en moyenne dans les logements français), il agit surtout comme allergisant.

Pour limiter l’exposition, il faut réduire les sources d’émission, en choisissant par exemple des produits ou matériaux classés A+ selon l’étiquetage sanitaire obligatoire des matériaux de construction et de décoration (décret 2011-321 du 23 mars 2011), et aérer régulièrement les locaux.


SC : Le formaldéhyde est également l’un des polluants réglementés de l’air intérieur au Canada et les concentrations typiques sont similaires au Québec.


Au Canada, tout produit de bois composite vendu contenant du formaldéhyde doit être certifié et répondre aux normes édictées par le Règlement sur les émissions de formaldéhyde provenant des produits de bois composite. Pour être certifié, il faut soit que des essais aient été réalisés par un laboratoire agréé ou que le produit porte la mention certifiée en vertu du titre VI de la TSCA (Toxic Substances Control Act) des États-Unis.


Qu’avez-vous changé dans votre maison et dans vos habitudes de vie pour augmenter la qualité de votre air intérieur ?

VD : Je n’utilise jamais de parfums d’ambiance, d’huiles essentielles ou de bougies parfumées qui émettent des COV et notamment des terpènes qui peuvent réagir avec l’ozone présent dans l’air pour former du formaldéhyde. Si je dois acheter des peintures ou matériaux de décoration, je choisis des produits peu émissifs, au moins classés A+ et enfin, j’aère régulièrement mon logement.


Les épurateurs d’air sont-ils vraiment efficaces ? Quelle technologie conseillez-vous ?

VD : En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a rendu un avis sur ce sujet en 2017 qui précisait que les données scientifiques ne permettaient pas de démontrer l’efficacité et l’innocuité en conditions réelles d’utilisation de dispositifs d’épuration basés sur la photocatalyse, catalyse, plasma, ozonation et ionisation. Certains de ces dispositifs peuvent même conduire à une dégradation de la qualité de l’air intérieur par la génération de sous-produits à partir de la dégradation incomplète des polluants traités.


Pour évaluer leur performance, il existe une norme et une marque NF pour la certification des appareils.


Avec la pandémie, des épurateurs pour le SARS-CoV-2 ont aussi été développés et la même vigilance quant à leur choix et leur utilisation doit être appliquée. Pour réduire l’exposition aux polluants, la première démarche est de réduire les émissions à la source et d’aérer l’intérieur des locaux.


SC : L’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a produit une étude du même genre en 2017 mentionnant que Santé Canada met en garde les consommateurs contre l’utilisation domestique de purificateurs d’air générateurs d’ozone.


Nous remercions madame Valérie Desauziers et monsieur Stéphane Chabot pour leur participation à cet article. Nous invitons les municipalités qui le désirent à le reproduire dans leur bulletin ou sur leur site web, en citant simplement la source (OdoMag) et les participants (madame Valérie Desauziers et monsieur Stéphane Chabot).


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