• Marie-Julie Garneau, M.Sc.

TÉLÉTRAVAIL, QUALITÉ DE L’AIR et RADON

Updated: Jul 4

Au Québec, le mode de vie et les conditions climatiques font en sorte que la grande majorité de sa population passe en moyenne 90 % de leur temps à l’intérieur[1]. Cette moyenne semble avoir augmenté puisque depuis le début de la pandémie, plusieurs personnes passent plus de temps à la maison qu’avant, notamment pour y faire du télétravail. Une bonne qualité de l’air à l’intérieur des habitations devient donc un facteur essentiel à la santé.

Un texte de Marie-Julie Garneau, M.Sc. Directrice, Qualité de l’air et hygiène industrielle, EXP

Proportionnellement, si nous passons plus de temps à l’intérieur de nos maisons, notre durée d’exposition potentielle aux contaminants présents dans cet environnement sera aussi à la hausse. Mais quels peuvent être ces contaminants ?

Les contaminants de l’air peuvent provenir de différentes sources telles que primaires, c’est-à-dire naturellement présents dans l’environnement, ou de sources secondaires, c’est-à-dire issues de nos activités ou des matériaux. Cet article porte sur l’un des contaminants potentiellement présents dans nos maisons : le radon[2].


Le radon est un gaz radioactif qui peut être présent dans les roches du sol, faisant de lui un contaminant provenant d’une source primaire. Lorsqu’il se libère du sol, le radon se désintègre et émet de nouvelles particules radioactives qui, lorsqu’elles sont inhalées, peuvent se déposer sur les cellules des parois des voies respiratoires, et ainsi potentiellement endommager l’ADN[3] et augmenter le risque de développer un cancer du poumon. Comme le radon est invisible, sans gout et inodore, il ne peut être perçu par les occupants. Au Québec, de 10 % à 16 % des décès causés par le cancer du poumon seraient associés au radon[4].


Dans l’air extérieur, le radon se dilue rapidement pour atteindre des niveaux faibles, de l’ordre de 5-15 Bq/m3[5]. À l’intérieur des bâtiments, le radon peut pénétrer dans les espaces occupés par les ouvertures qui sont en contact avec le sol, comme les joints de construction, les murs de fondation, les dalles de plancher, les pourtours de drain, les puisards, etc. Cette situation est d’autant plus vraie si la pression atmosphérique à l’intérieur du bâtiment est inférieure à celle du sol entourant les fondations[6]. Comme le volume d’air à l’intérieur d’une maison est limité, le radon peut potentiellement atteindre des concentrations plus importantes dans l’air ambiant de nos maisons, notamment dans les étages inférieurs.


Au Québec, la concentration moyenne de radon dans les sous-sols est d’environ 35 Bq/m³, mais ces concentrations peuvent parfois atteindre des niveaux très élevés, jusqu’à plus de 1 000 Bq/m³.


Comme pour la plupart des contaminants, des seuils d’exposition sont définis pour le radon. Santé Canada , en collaboration avec les provinces et les territoires, a établi une ligne directrice visant à définir le seuil de 200 Bq/m3 d’air dans les résidences et dans les milieux non résidentiels.

Dans les années 90, des études avaient permis de confirmer l’utilité des données géologiques pour déterminer des secteurs présentant un potentiel d’exposition plus élevé pour le radon. Bien que très peu de mesures de radon en milieu intérieur étaient disponibles à l’époque, des corrélations ont pu être établies entre certaines variables de nature géologique et la concentration en radon domiciliaire.


Au fil du temps, il a été démontré qu’aucun secteur ou situation géographique n’était exempt de radon au Canada.

Par ailleurs, les mesures de radon domiciliaires ont permis de constater la concentration en radon peut varier d’un bâtiment à un autre même si ceux-ci sont situés dans le même quartier et sont de construction similaire. Les concentrations de radon ne peuvent difficilement être anticipées au moment de la construction d’une maison et peuvent varier au fil des années. Alors, comment savoir si l’air ambiant de sa maison excède cette valeur ?


Peu importe l’âge, le type de construction ou l’emplacement d’une maison, la seule façon de connaître la concentration en radon est d’effectuer un test à l’aide d’un dosimètre.







Une récente étude s’est intéressée à comparer les concentrations de radon dans des résidences canadiennes et des résidences suédoises en utilisant les résultats de dosimètre de type alphatrack installée sur une période d’environ 3 mois. Cette étude a notamment mis en lumière que l’exposition au radon résidentiel au Canada semble persister depuis plusieurs années, et ce, même dans de nouvelles constructions.


Leur modélisation vient suggérer que si rien n’était fait d’ici 2050, la moyenne canadienne des personnes atteintes d’un cancer du poumon causé par une exposition au radon pourrait augmenter de façon significative.

Pouvons-nous alors questionner si nos maisons sont bien conçues ?


En 2019, une norme canadienne CAN/CGSB-149.11, Mesures d’atténuation du radon dans les maisons et petits bâtiments neufs, a été publiée. Au Québec, un règlement visant à améliorer le Code de construction du Québec pour réduire l’infiltration de radon dans les nouvelles habitations est actuellement en projet (projet de règlement visant à modifier le code a été publié en décembre 2020). En complément, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation a annoncé en novembre 2021 que la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) souhaite rehausser certaines exigences en matière de construction afin de mieux protéger les Québécois contre l’infiltration du radon.


Pour notre santé et afin de prévenir notre exposition au radon dans notre environnement intérieur, la première action est de procéder à un dépistage. Une bonne ventilation, qu’elle soit mécanique ou naturelle, est également une mesure qui joue un rôle favorable en venant extraire les contaminants ou en venant les diluer, permettant ainsi de réduire les concentrations de contaminants dans l’air ambiant.


Le printemps est à nos portes, profitez-en pour ouvrir les fenêtres et les portes de votre maison ! Sortez et prenez une bonne bouffée d’air frais ! Vous diminuerez ainsi votre exposition potentielle au radon et aux autres contaminants potentiellement présents dans votre environnement.


La pandémie nous a appris beaucoup de choses…Notamment qu’il faut accorder une importance à la qualité de l’air que nous respirons !


source: lung.ca


(1) Gouvernement du Québec, Radon domiciliaire | Gouvernement du Québec (quebec.ca) (2) Gouvernement du Canada, Lignes directrices sur le radon, Lignes directrices sur le radon - Canada.ca (3) Cartographie du potentiel d’émission de radon sur le territoire de la province du Québec : présentation d’une approche basée sur l’utilisation d’indicateurs radiogéochimiques. Bulletin d’information en santé environnementale, INSPQ, 2013. (4) Drolet, J.-P., Martel, R., Poulin, P., Dessau, J.-C., Lavoie, D., Parent, M., Lévesque, B. (2013) An approach to define potential radon emission level maps using indoor radon concentration measurements and radiogeochemical data positive proportion relationships. J. Environ Radioact. doi: 10.1016/j.jenvrad.2013.04.006. Epub 2013 May 6. (5) Santé Canada, Enquête pancanadienne sur les concentrations de radon dans les habitations, 2011 survey-sondage-fra.pdf (canada.ca) (6) Selim M. Khan, Dustin D.Pearson, Tryggve Röonqvist, Markus E. Nielsen, Joshua M. Taron, Aaron A. Goodarzi (2021) Rising Canadian and falling Swedish radon gas exposure as a consequence of 20th to 21st century residential build practices, Scientific reports. (7) Radon Québec 2021: Nouveau Code de Construction - Écohabitation (ecohabitation.com)


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