• Frédérique Roy-Côté

LES COMPOSANTES DE L'OLFACTION ET SES MÉTHODES D'ÉVALUATION

Comment évalue-t-on les odeurs, est-ce aussi subjectif qu'on le pense.



Selon le dictionnaire Larousse, l’odorat signifie « Sens permettant la perception des odeurs, dont les récepteurs sont localisés dans les fosses nasales chez les vertébrés, sur les antennes chez les insectes, et qui joue un rôle de premier plan chez la plupart des espèces, tant aquatiques que terrestres. » Alors que cette définition n’est pas nécessairement axée sur l’être humain, il se passe sensiblement la même chose chez celui-ci. Comme les vertébrés, les récepteurs olfactifs se trouvent dans les fosses nasales chez l’humain. Ces récepteurs olfactifs se situent sur les cils olfactifs, qui sont des neurones dont l’axone se connecte au bulbe olfactif. Le bulbe olfactif représente l’extrémité du nerf olfactif. Ainsi, le processus pour sentir une odeur pour être résumé en quatre étapes. Premièrement, les molécules chimiques de l’odeur vont entrer dans les fosses nasales. Ensuite, ces molécules seront captées par les cils olfactifs de la tache olfactive, qui transformeront ces molécules chimiques en un influx nerveux. Cet influx se rend au nerf olfactif, puis finalement à l’aire olfactive du cerveau. Cet influx nerveux va être traité, analysé, et va permettre donc de percevoir l’odeur présente dans notre environnement.


L’olfaction comporte quatre composantes, chacune mesurable avec différents tests standardisés : le seuil de détection, la discrimination olfactive, l’identification olfactive et la reconnaissance olfactive.

Le seuil de détection mesure la capacité à détecter une odeur. Par exemple, une odeur pourrait être perceptible à une certaine concentration, mais ne pas l’être à une concentration plus faible. Le seuil de détection d’un participant est donc la plus faible concentration d’un odorant pouvant être détectée. La discrimination olfactive, comme son nom le dit, permet de discriminer entre plusieurs odeurs. Il faudrait identifier, parmi trois odeurs, l’odeur différente, p.ex. une odeur de poisson, parmi deux autres odeurs identiques, p.ex. des odeurs de banane. L’identification olfactive, elle, est la capacité à nommer une odeur. Par exemple, en présentant une odeur de pomme, il faudrait être capable de la nommer. La reconnaissance olfactive consiste à reconnaître une odeur qui a été présentée plus tôt. Donc, il y a présentation initiale d’une odeur, et ensuite après un certain délai l’odeur est présentée à nouveau, et le participant doit reconnaître qu’il a déjà senti cette odeur.


En clinique ou en recherche, ces composantes peuvent être utilisées afin d’évaluer subjectivement ou objectivement l’olfaction de participants. L’évaluation subjective peut se faire à partir de questionnaires remplis par le participant lui-même, comme le Questionnaire for Olfactory Dysfunction (QUOD). Des exemples d’énoncés qui se trouvent dans ce questionnaire sont :


« Je vais au restaurant moins souvent à cause de mon désordre olfactif », « Je trouve cela injuste que je doive souffrir de difficultés par rapport à mon olfaction », « Je vois mes difficultés olfactives comme un handicap », « J’évite les groupes de personne à cause de mon problème olfactif ». Pour chaque énoncé, le participant doit dire s’il est soit en accord, partiellement en accord, ou en désaccord avec celui-ci.

Il existe également plusieurs tests standardisés olfactifs afin d’évaluer la fonction de manière plus objective. Parmi les plus utilisés se trouve le Sniffin’ Sticks test, qui évalue les quatre composantes de l’olfaction, et le University of Pennsylvania Smell Identification Test (UPSIT), qui évalue l’identification olfactive. Pour le Sniffin’ Sticks, les différentes composantes sont mesurées à l’aide de stylos-feutres imprégnés d’une certaine odeur, et ceux-ci sont ensuite présentés aux deux ou à une seule narine du participant. Pour le seuil de détection, trois stylos-feutres sont présentés au participant, dont un seul contient l’odeur. Le participant doit donc identifier le stylo-feutre contenant l’odeur. Pour la discrimination olfactive, encore trois stylos-feutres sont présentés au participant, mais cette fois deux des stylos a la même odeur alors qu’un troisième stylo se distinguera par une odeur distincte. Le participant doit alors identifier ce stylo ayant une odeur différente. Pour l’identification olfactive, un total de 16 stylos-feutres sont présentés individuellement, et le participant doit identifier l’odeur émanant de chaque stylo parmi quatre choix de réponse. Finalement, pour la reconnaissance olfactive deux exemplaires du test d’identification olfactive sont présentés. Le participant doit donc identifier les odeurs du premier exemplaire de tests, et après un certain délai, on lui demande d’identifier les odeurs parmi celles du deuxième exemplaire qui étaient présentes dans le premier exemplaire.


Pour le UPSIT, quatre livrets de 10 pages chacun sont fournis aux participants, et chaque page contient une odeur encapsulée dans un rectangle qu’il faut gratter. Ce test contient quatre choix de réponses pour chaque odeur, par exemple « herbe », « pizza », « huile de moteur », et « ananas ». Le participant doit donc choisir le choix de réponse qui se rapproche le plus de l’odeur en question. Un avantage du UPSIT est qu’il est auto-administrable à la maison, une caractéristique assez pratique avec les règles sanitaires actuelles en lien avec la pandémie COVID-19.


Une dernière méthode objective afin d’évaluer l’olfaction est l’utilisation d’un olfactomètre. Il s’agit d’un dispositif qui permet de présenter des odeurs de manière standardisée, contrôlée par un ordinateur. Il est donc possible d’envoyer les odeurs à l’une ou l’autre narine du participant, et ce à une durée de stimulation et une température précise. Un avantage de cette méthode est qu’elle permet la présentation d’odeurs de manière mieux contrôlée que les autres tests présentés ci-haut.


Somme toute, l’évaluation des sens chimiques, c’est-à-dire l’odorat et le goût, est peu répandue en contexte clinique en comparaison à l’évaluation d’autres sens. Malgré tout, plusieurs tests ont été développés dans les dernières années et permettent l’évaluation efficace de cette fonction, comme ceux décrits dans cet article.

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