• Benoît Jobin

Alzheimer et odorat

Certaines études démontrent qu'il serait possible d'effectuer un dépistage précoce de la maladie d'Alzheimer grâce à l'odorat. À l'heure d'aujourd'hui, un diagnostic 'probable' est posé au stade de la démence alors que la personne n'est souvent plus autonome.



Tout le monde connaît la maladie d’Alzheimer, cette maladie neurodégénérative qui provoque progressivement la mort du tissu cérébrale. Ces atteintes entrainent un important déclin de plusieurs fonctions cognitives, par exemple la mémoire, mais aussi des capacités sociales et de l’autonomie. Plus de la moitié des cas de démence sont de type Alzheimer. En 2018 au Canada, on comptait plus de 564 000 cas et ce chiffre atteindra 937 000 d’ici 2033![1]. Le plus grand problème avec cette maladie est qu’elle est actuellement incurable étant donné que son « diagnostic probable » est posé au stade de démence, c’est-à-dire lorsque la personne a tellement décliné cognitivement qu’elle ne peut plus être autonome au quotidien. Ainsi, les chercheurs espèrent trouver des moyens de dépistage précoce de la maladie. En détectant la maladie plus tôt, les médecins pourraient intervenir avant qu’il ne soit « trop tard ».


Évolution de la maladie

En effet, la maladie d’Alzheimer débute par une phase silencieuse qui dure des années, voir des décennies, au cours desquelles des dommages au cerveau apparaissent graduellement[2]. Cette phase préclinique de la maladie se termine par l’apparition du trouble cognitif léger qui se caractérise par un déclin cognitif modeste qui n’affecte cependant pas l’autonomie de la personne. Ce trouble est considéré comme le stade précédant la démence de type Alzheimer. Cependant, ce n’est pas tous les gens atteints du trouble cognitif léger qui auront la maladie d’Alzheimer. Cinq ans après l’apparition de ce trouble, seulement la moitié « convertiront » vers la démence. Ainsi, il est important de trouver des indices liés à la maladie d’Alzheimer si l’on souhaite identifier de manière précoce les gens atteints. Un candidat potentiel serait l’odorat !


Pertes cognitives et… pertes olfactives!

Il est maintenant bien connu au sein de la communauté scientifique que la perte de l’odorat est liée à la maladie d’Alzheimer. En fait, la très grande majorité des patients atteints de cette maladie aurait un trouble de l’odorat[3].

Au cours des dernières années, la communauté scientifique a découvert que les troubles olfactifs étaient aussi présents au stade du trouble cognitif léger. Ce serait principalement la capacité à identifier une odeur qui est atteinte à ce stade. Non seulement cette fonction olfactive est touchée, mais des études ont montré qu’elle permettrait de distinguer les patients qui convertiront vers le stade de la démence de type Alzheimer de ceux qui se maintiendront dans le trouble cognitif léger[4],[5]. En effet, les patients atteints du trouble cognitif léger ayant un déficit olfactif auraient un taux de conversion vers le stade de démence plus élevé que les patients n’ayant pas de déficit olfactif. Ces données sont très intéressantes considérant que l’évaluation de l’odorat est très simple et rapide à effectuer.


Convergence des indices

Bien que ces résultats soient très encourageants, il ne faut pas se fier qu’à un test olfactif afin de conclure quoi que ce soit sur la progression d’un patient ayant un trouble cognitif léger. Ainsi, les médecins, neuropsychologues et autres professionnels de la santé pourraient inclure une tâche d’identification olfactive à leurs autres mesures. En effet, il existe déjà plusieurs tests qui permettent de détecter la maladie d’Alzheimer au stade du trouble cognitif léger. Les médecins utilisent déjà d’autres technologies comme l’imagerie par résonnance magnétique (IRM) ou l’analyse du liquide céphalo-rachidien par exemple, tandis que les neuropsychologues peuvent mesurer les capacités cognitives à l’aide de tests neuropsychologiques. Cependant, l’ajout d’un test olfactif à ces évaluations serait un moyen rapide, peu couteux et non invasif de mieux prédire quels patients convertiront, ou non, vers la démence de type Alzheimer.


Détecter la maladie encore plus rapidement?

Récemment, un stade préclinique lors de la phase silencieuse de la maladie a été découvert comme prometteur afin de prédire le développement de la maladie d’Alzheimer. Ce stade, précédant celui du trouble cognitif léger, est le déclin cognitif subjectif. À ce stade, les personnes se plaignent d’un déclin sur le plan cognitif, notamment de leur mémoire, mais ce déclin n’est pas assez prononcé pour être différencié de la population âgée normale. Ce changement cognitif subtil serait le premier signe de la maladie d’Alzheimer[6]. Cependant, ces plaintes de déclin cognitif peuvent être confondues avec celles aussi observées dans le vieillissement normal. Ainsi, il faut combiner cet indice avec d’autres afin d’augmenter sa valeur prédictive.

Sachant que des déficits olfactifs sont observés au stade du trouble cognitif léger et à celui de la démence de type Alzheimer, ces déficits olfactifs pourraient aussi se trouver au stade de déclin cognitif subjectif.

Malheureusement, très peu d’études ont été produites à ce jour. Ainsi, au cours des prochaines années, il sera important que les chercheurs évaluent la présence d’une atteinte des capacités olfactives chez les personnes âgées présentant un déclin cognitif subjectif. Ces recherches pourront potentiellement améliorer la spécificité du diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer.


[1] Les chiffres sur la maladie au Canada, https://alzheimer.ca/fr/Home/About-dementia/What-is-dementia/Dementia-numbers (Page consultée le 20 décembre 2019) [2] Reisa A. SPERLING et al., « Toward defining the preclinical stages of Alzheimer’s disease: Recommendations from the National Institute on Aging-Alzheimer’s Association workgroups on diagnostic guidelines for Alzheimer’s disease », Alzheimer’s & Dementia, vol. 7. no 3 (mai 2011), p. 280‑292. [3] Claire MURPHY, « Olfactory and other sensory impairments in Alzheimer disease », Nature Reviews Neurology, vol. 15. no 1 (janvier 2019), p. 11‑24. [4] M. Z. CONTI et al., « Odor Identification Deficit Predicts Clinical Conversion from Mild Cognitive Impairment to Dementia Due to Alzheimer’s Disease », Archives of Clinical Neuropsychology, vol. 28. no 5 (1 août 2013), p. 391‑399. [5] Rosebud O ROBERTS et al., « Association between olfactory dysfunction and amnestic mild cognitive impairment and Alzheimer disease dementia », JAMA neurology, vol. 73. no 1 (2016), p. 93‑101. [6] Frank JESSEN et al., « A conceptual framework for research on subjective cognitive decline in preclinical Alzheimer’s disease », Alzheimer’s & Dementia, vol. 10. no 6 (novembre 2014), p. 844‑852.

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