• ODOMAG

COVID-19 : L'odeur de la maladie

Peut-on dépister la COVID-19 par l'odorat ? C'est ce que des équipes de chercheurs tentent d'élucider.



Trois projets ont pour objectif de former des chiens à la reconnaissance de la COVID-19. Ils utilisent chacun un protocole différent. Tous les trois reconnaissent au chien l’aptitude à détecter la maladie. Ces tests de flairage remplaceront-ils le test PCR ou serviront-ils à effectuer un premier filtrage des porteurs du virus dans les aéroports, par exemple ?


"Nous pensons que les chiens peuvent détecter la Covid-19 et qu'ils pourront très rapidement dépister des centaines de personnes afin de savoir qui doit être testé et isolé", a déclaré à l'AFP la docteure Claire Guest, co-fondatrice et directrice générale de l'association caritative britannique Medical Detection Dogs.

Dans son centre d'entraînement situé à Milton Keynes, dans le centre de l'Angleterre, les chiens sont dressés à reconnaître l'odeur du virus parmi plusieurs échantillons. Ils doivent alors signaler quand ils l'ont trouvée, avant d'être récompensés. "Nous avons la preuve que les chiens peuvent détecter des bactéries et d'autres maladies, nous pensons donc que ce projet fera une énorme différence dans la capacité à contrôler la propagation de la Covid-19", ajoute docteure Guest, dont l'association a déjà formé des chiens à détecter le cancer ou la maladie de Parkinson.


« Aujourd'hui, je peux le dire avec certitude : les chiens sont capables de flairer la Covid-19 », affirme le docteur Dominique Grandjean, professeur à l’École de médecine vétérinaire d'Alfort et chef du service vétérinaire des Pompiers de Paris.

C'est lui qui a développé et qui supervise le protocole de recherche qui permet d'entraîner des chiens à la détection olfactive du virus. Baptisé Nosaïs, ce programme – visant à former des chiens de détection médicale – a vu le jour il y a un an.


« On a commencé au Liban avec la détection du cancer du colon et ça marche très bien. On a ensuite lancé des essais pour la maladie de Parkinson et ce coronavirus est arrivé. Alors on s'est dit : pourquoi pas ? explique le vétérinaire. On sait que l'université d'Alabama, aux États-Unis, forme des chiens à la détection de la maladie des muqueuses chez les bovins, et ça fonctionne. Or, cette maladie virale est difficile à dépister par des tests classiques, tout comme la Covid-19 ».


La première problématique était de savoir sur quels échantillons former les chiens. « Nous avons opté pour la sueur – pieds ou aisselles – car il n'y a pas de virus dedans qui pourrait contaminer nos chiens, contrairement à l'urine, à la salive ou aux selles. Mais des traces de ce virus sont toutefois excrétées dans la sueur. Par ailleurs, ce sont des endroits qui ne risquent pas de subir une contamination passive », détaille docteur Dominique Grandjean.


L’équipe de Nosaïs met un point d'honneur à imaginer tous les biais qu'il pourrait exister afin que les résultats soient le plus fiables possible. « Par exemple, les prélèvements sont faits sur des patients avec des symptômes, qui se sont révélé poisitifs au test PCR et qui prennent des médicaments depuis moins de 24 h. Les prélèvements sur personnes négatives sont également faits au même endroit pour que le chien ne s'attarde pas sur le bruit de fond olfactif lié au lieu. »


Concernant les recrues au flair surdéveloppé, le choix s'est tourné vers des individus déjà formés à la détection d'explosifs, de personnes disparues ou de stupéfiants. L'objectif consiste alors à « seulement » rajouter une odeur dans leur bibliothèque olfactive. Le tout est consolidé par le jeu : lorsque le chien marque un échantillon positif, c'est-à-dire qu'il s'assoit ou se couche devant, il est récompensé avec son jouet préféré.


L'essai a débuté à l’hôpital Bégin, à Saint-Mandé, avec 8 chiens, et s'est poursuivi avec 8 autres chiens à l’hôpital d'Ajaccio, en Corse, et désormais, 3 autres chiens ont rejoint le programme à l'université franco-libanaise de Beyrouth. « Nosaïs va également être lancé au Brésil, à l’université de Liège, en Belgique, ainsi qu’aux Émirats arabes unis », précise-t-il.


Le docteur Grandjean suit les progrès des équipes britanniques et américaines qui ont entrepris la même démarche mais avec des protocoles différents. « L’Angleterre utilise l'air expiré par les malades. Il faudra le stériliser pour protéger les chiens, et donc il n'y aura plus de molécule virale, déplore le vétérinaire. Les chercheurs de l'université de Pennsylvanie, avec lesquels il entretient des relations, utilisent, eux, la salive et l'urine. Là encore, je pense qu'ils font une erreur, mais bon… »


N’hésitez pas à suivre les progrès de chacune des équipes en utilisant les liens internet que nous vous donnons ci-après. Au moment où vous lirez ces lignes, il est possible que l’une des équipes ait développé un protocole d’entrainement et que des dizaines de chiens soient déjà en formation.











Le projet britannique :

Responsable : Docteure Claire Guest, co-fondatrice et directrice générale de l'association caritative Medical Detection Dogs

https://www.medicaldetectiondogs.org.uk/

https://www.facebook.com/MedicalDetectionDogs


C’est en 2008 que la Docteure Claire Guest a fondé l’association caritative Medical Detection Dogs qui a pour objectif de former des chiens à la reconnaissance de diverses maladies humaines parmi lesquelles la malaria, le cancer et le diabète. Au fil des ans, l’association a reçu de nombreuses reconnaissances pour ses travaux. Cet organisme concentre aujourd'hui ses recherches sur la possibilité pour les chiens de détecter les malades atteint de la COVID-19 dans le but de former des chiens à ce type de détection.



Le projet américain :

Responsable : Docteure Cynthia Otto, DVM, PhD, professeur de sciences des chiens de travail et de médecine sportive et directrice du Penn Vet Working Dog Centre.


À l’initiative du département de la recherche de l'École de médecine vétérinaire de l’université de Pennsylvanie (Penn Vet), c’est le 1er mai 2020 qu’a été lancé le programme de formation pilote utilisant des chiens détecteurs d’odeur pour distinguer les échantillons de patients COVID-19 positifs et COVID-19 négatifs.


L’équipe commencera l'étude avec huit chiens. Au cours des trois premières semaines, ceux-ci seront exposés, en laboratoire, à des échantillons positifs de COVID-19 de salive et d'urine. Une fois l'odeur apprise, les chercheurs devront documenter le fait que les chiens peuvent faire la distinction entre les échantillons positifs et négatifs, toujours en laboratoire. Ils pourront ensuite établir la plate-forme de test qui sera utilisée pour sélectionner les chiens pouvant identifier les personnes atteintes de la COVID-19.


Le U.S.Army Combat Capabilities Development Command Chemical Biological Center participe à l'étude qui est réalisée en partenariat avec le Penn Center for Research on Coronavirus and Other Emerging Pathogens, l’École de médecine de Perelman et l'Hôpital pour enfants de Philadelphie.


https://www.vet.upenn.edu/about/press-room/press-releases/article/penn-vet-launches-covid-19-canine-scent-detection-study



Le projet français :

Responsable : Docteur Dominique Grandjean, professeur à l’École vétérinaire d'Alfort et chef du service vétérinaire des Pompiers de Paris.

https://en.nosais.com/nosais-covid19

Les partenaires du projet :

https://www.vet-alfort.fr/

https://www.diag-nose.com/fr

https://www.facebook.com/K9-CYNOPRO-193399917361847/


C’est le jeudi 30 avril que le projet Nosaïs ouvre officiellement ses portes en région parisienne, dans les locaux de l’École de médecine vétérinaire d'Alfort. Elle accueille les trois premières équipes cynotechniques sous l'expertise des équipes de Diag'Nose et Cyno Pro Detection Dog.


Au Liban, à l’Université St-Joseph de Beyrouth, une autre équipe a déjà commencé à travailler depuis fin mars. En Corse, le Service départemental d'incendie et de secours de corse du sud (SDIS2A) commence également. L’équipe parisienne est heureuse de l'engouement créé par ce "démarrage d'urgence", alors que l'objectif de départ était le dépistage des cancers de la prostate, du côlon et de la vessie.


NOSAÏS regroupe des scientifiques et techniciens passionnés, désireux de faire avancer la connaissance et les possibilités de dépistage précoce d’affections chroniques graves pour l’Homme.


NOSAÏS ce sont des hommes et des femmes qui espèrent être rejoints par d’autres dans un futur proche, mais NOSAÏS ce sont aussi les structures auxquelles ils appartiennent, publiques, privées et associatives. La coordination de NOSAÏS est assurée par l’Ecole Nationale de Médecine Vétérinaire d’Alfort et plus spécifiquement par son Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport.


Test PCR

Le test RT-PCR : Reverse Transcriptase-PCR pour "Transcriptase inverse-Réaction en Chaîne par Polymérase" est un test de diagnostic moléculaire mettant en évidence la contraction d'un virus par une personne. La plupart des tests PCR sont réalisés sur des échantillons prélevés en utilisant des écouvillons. Les sécrétions nasales, le sang, la salive, l'urine ou encore le liquide amniotique peuvent être testés par PCR. Les échantillons sont ensuite analysés à l'aide d'une méthode appelée amplification en chaîne par polymérase (PCR), qui détecte l'ARN du virus : soit le génome qui permet son identification.


0 views

Recent Posts

See All