• Régis Olry

PETITE HISTOIRE DE L'ORGANE VOMÉRONALSAL OU L’ORGANE DE JACOBSON



L’organe voméronasal fut découvert au tout début du XIXe siècle par un médecin danois du nom de Jacobson qui en fit, en 1809, une présentation scientifique devant la Danske Videnskabernes Selskab (Académie Royale Danoise des Sciences et des Lettres). Cette présentation fut analysée deux ans plus tard par le très célèbre anatomiste Georges Cuvier (1769-1832) dans les non moins célèbres Annales du Muséum d’Histoire Naturelle. Né le 10 janvier 1783 à Copenhague, Ludvig Levin Jacobson fit une belle carrière scientifique (membre de l’Ordre de Dannebrog en 1829, prix Monthyon de l’Académie des Sciences en 1833, membre de la Société Royale de Médecine en 1836, etc.), Mais, étant de confession juive, il dut malheureusement décliner le poste de professeur d’anatomie à l’Université de Copenhague, car ce poste était conditionnel à sa conversion au christianisme. Il décéda dans sa ville natale le 29 août 1843 (1).
Dans de nombreuses espèces animales, l’organe voméronasal existe (il se situe dans la partie basse de la cloison nasale, tout près du vomer, d’où son nom) et fonctionne (rôle prépondérant dans les comportements centrés sur la reproduction).

Par exemple l’inactivation du gène TRPC2 chez la souris empêche l’identification de certains stimuli chimiques par l’organe de Jacobson : la souris n’est alors plus capable de différencier mâle et femelle (2).


Mais les choses ne sont pas si simples dans le cas de l’espèce humaine. La première question est celle de son existence. L’organe de Jacobson existe bel et bien chez l’embryon et le foetus humains (3), mais sa persistance à l’âge adulte demeure controversée. Tout au plus semble-t-il n’en rester qu’un vestige, car la majorité des gènes impliqués dans l’existence de cet organe (VR1, VR2, TAAR) sont effectivement très altérés dans l’espèce humaine.


La seconde question, dans le cas bien sûr où la première est répondue par un oui, est celle de sa fonctionnalité. Jacobson s’était bien sûr interrogé à ce sujet : l’organe voméronasal aurait-il une fonction sensitive, mais « quel agent extérieur pourrait aller se faire percevoir dans un réceptacle si caché, si profond, si peu accessible? [À moins qu’il n’ait une fonction sécrétoire destinée à] humecter, à lubrifier les naseaux? » (4) Ou encore un rôle protecteur en reconnaissant la toxicité de certains aliments? Fort probablement rien de tout cela, car avant d’identifier les réelles fonctions de l’organe de Jacobson, il fallut attendre le concept de phéromones, terme créé par Peter Karlson et Martin Luscher en 1959 (5) pour désigner toute substance chimique libérée par un individu et influençant certains comportements et/ ou la physiologie d’un autre. Il semble établi que l’humain peut percevoir aux moins certaines de ces phéromones (6). Toutefois, ce ne serait pas par l’organe voméronasal (7), mais par le système olfactif. Mais le débat n’est pas clos…



Régis Olry, Professeur titulaire d'anatomie à l'UQTR

lauréat de la Society for Teaching and Learning in Higher Education et de l’International Society for the History of the Neurosciences, ancien collaborateur du Dr Gunther von Hagens (inventeur de la Plastination), Régis Olry partage ses recherches entre l’histoire des sciences morphologiques, la Révolution française, et les fantômes du folklore asiatique.




Son odeur préférée est celle du muguet


RÉFÉRENCES

(1) Boas J.E.V (1894) Ludwig Lewin Jacobson, In: Bricka C.F. (Ed.) (1894) Dansk Biografisk

Lexikon. Kjobenhavn, Gyldendalske Boghandels Forlag, VIII. Bind, pp. 371-375.


(2) Carlson N.R. (2010) Physiology of Behavior. Bostonm Allyn & Bacon, tenth edition, pp. 341-

344.

(3) Boehm N., Gasser B. (1993) Sensory receptor-like cells in the human foetal vomeronasal

organ. Neuroreport 4 : 867-870.

(4) Cuvier G. (1811) Rapport fait à l’Institut, sur un Mémoire de M. Jacobson, intitulé : Description

anatomique d’un organe observé dans les mammifères. Annales du Muséum d’Histoire

Naturelle 18 : 412-424.

(5) Karlson P., Luscher M. (1959) “Pheromones” : A new term for a class of biologically active

substances. Nature 183: 55-56.

(6) McClintock M.K. (1971) Menstrual synchrony and suppression. Nature 229: 244-245.

(7) Halpern M., Martinez-Marcos A. (2003) Structure and function of the vomeronasal system: an

update. Progr. Neurobiol. 70 : 245-318.

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